...Je suis amoureuse de mon reflet dans le miroir, je crois. Et comme Narcisse y'a fort longtemps, j'suis persuadée qu'ça m'perdra. Mon reflet qui me regarde sans rien dire, qui se contente de penser sans doute, et qui me fixe de son regard accusateur, l'air de dire « Hey t'as pas honte ? Alors comme ça personne n'est assez bien pour toi ? Hey, mais pour qui tu t'prends au juste ? ». Tantôt enfant et tantôt femme, j'aime travestir son image. Il est le seul, vraiment le seul, à connaitre tout de moi. Mes peurs, mes rêves, mes fantasmes, mes espoirs, et les longues nuits de solitude peuplées de milles êtres imaginaires... C'est lorsqu'il fait noir que je me révèle vraiment. C'est lorsque tout l'monde dort paisiblement que mes confidences se font plus aisées, plus intimes. C'est lorsque la lune, toujours elle, toujours si fière, m'encourage de son sourire que j'ose enfin avouer sans retenue qui je suis vraiment. Et à ce moment là, seul mon reflet est à même de m'écouter, car il est seul témoin de mes insomnies. Lui, et les petits papillons de nuit qui viennent heurter ma fenêtre, seul point lumineux dans les ténèbres, troublant leur paisible obscurité. Mais le verre épais nous sépare, et ils ne resteront à jamais que des témoins visuels. Mon reflet lui m'écoute. Il n'a pas d'autres choix je crois, il ne peut pas fuir. Oui, je crois que personne n'est assez bien pour moi. Je n'aime que les êtres que je ne pourrai jamais atteindre. Ne dis rien. Je sais que je suis prétentieuse. Je suis amoureuse de mon reflet dans le miroir, je crois, mais est-ce vraiment mal de s'aimer ? Au final le véritable mal n'est ce pas plutôt de n'aimer que soi ?
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